Le port du masque chez les adultes : vers une régression du potentiel du cerveau humain?

Le port du masque chez les adultes : vers une régression du potentiel du cerveau humain?
Dans un texte paru en mars dernier signé par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, des psychologues alarment sur les conséquences du port du masque chez les adultes qui prennent soin des jeunes enfants quotidiennement.   Depuis maintenant plus d’un an, les jeunes enfants ne connaissent que cet environnement sanitaire : distanciation, lavage des mains, visages masqués et climat anxiogène. Ils observent des adultes à demi-visage. Ils entendent leur voix étouffée par le masque. Ils ont peu de contacts sociaux. Ils ont peu de contacts physiques. Ils vivent dans un climat anxiogène empli d’interdits. Leur développement social, émotionnel et cognitif est brimé et conséquemment, altéré. Dans la vie d’un jeune enfant, 1 an est une éternité. Certains ne se souviennent plus de la vie d’avant la pandémie. D’autres ne connaissent que cela. Un temps immensément grand qui laisse place déjà à de lourdes conséquences développementales visibles et qui prendront des années à palier. Le cerveau humain est construit pour être en relation intime avec les autres. L’être humain est un mammifère grégaire qui vit en interdépendance avec ceux qui l’entourent. C’est une nécessité biologique. La faculté d’empathie est innée à notre espèce. C’est-à-dire que notre cerveau contient déjà tout le bagage génétique pour ressentir de l’empathie envers autrui. Par contre, pour développer cette compétence au fil des années, le petit d’Homme a besoin d’un environnement qui sera favorable au déploiement de cette faculté comme pour toutes autres compétences relationnelles. L’être humaine naît avec un cerveau très immature. Le cerveau des tout-petits est très fragile et vulnérable au stress. L’environnement dans lequel il évolue a un impact majeur sur le bon développement de son cerveau. Déjà, nous avions des données en juin 2020 d’une étude réalisée par une équipe chinoise de la pandémie de SRAS de 2003 portant sur le développement de 15 000 enfants âgés de 0 à 15 ans[1]. Les retards langagiers, moteurs et sociaux sont notables. Une réduction des courbes de poids particulièrement chez les jeunes enfants de moins de 4 ans a été observée. Les causes étaient les changements de comportement (port de masque, quarantaines et activités extérieure réduite) qui peuvent affecter les fonctions physiologiques et psychosociales des enfants. Les masques nuisent à la communication non verbale entre les enfants et les adultes et affaiblissent les liens sociaux et cognitifs. En janvier 2021, l’Université de Grenoble donne les résultats d’une enquête réalisée auprès de 600 professionnels de la petite enfance sur les effets du port du masque et des nouvelles modalités d’accueil des enfants. Il en ressort que les interactions langagières sont plus pauvres. Le port du masque a des conséquences sur l’acquisition du langage. Cela est particulièrement remarqué chez les mois de 18 mois ; ils ne parviennent pas à saisir les paroles et se désintéressent de ce qui leur est dit. Nombreux professionnels ont noté des attitudes socioaffectives altérées : pleurs, anxiété, tentatives de retirer le masque de l’adulte ou au contraire, des réactions de peur face au visage démasqué et des difficultés à déclencher le sourire réponse. Les professionnels déplorent également les conditions de travail délabrés : fatigue liée à l’altération de la respiration, nécessité de hausser le ton pour se faire entendre, surcharge de travail pour s’adapter aux mesures d’hygiène, renoncement à certaines activités. L’environnement dans lequel évolue un enfant favorise ou non son développement affectif, social et cognitif. Les relations affectives et sociales sont au cœur du développement du cerveau humain. Des connexions cérébrales cognitives et sociales affaiblies étaient remarquées chez les enfants observés lors de l’épidémie en 2003. Qu’en sera-t-il pour cette pandémie mondiale? Des connexions s’affaiblissent déjà petit à petit. Les connexions neuronales et les circuits subjacents ne peuvent pas pleinement se déployer dans un environnement anxiogène ni en l’absence de contacts physiques et de chaleur humaine. L’être humain a besoin de voir le visage entier pour développer pleinement ses compétences socio-émotionnelles et cognitive. Le cerveau des enfants sera-t-il gravement entravé? Verrons-nous des enfants avec un cortex préfrontal plus petit car moins de neurones et de circuits neuronaux se seront créés? Reconnaîtrons-nous toutes ces régressions dans le développement du cerveau humain comme étant la conséquence directe de ces mesures sanitaires? Ou, préfèrerons-nous nous esquiver de notre responsabilité en diagnostiquant massivement des troubles neurologiques et psychologiques chez la prochaine génération? Cette porte est déjà pleinement ouverte… Les jeunes s’adaptent-ils? Font-ils preuve de résilience? Les enfants ont la faculté de se résigner afin de poursuivre leur développement en toutes circonstances. C’est l’instinct de survie qui prédomine. À cela ne tienne, le coût à payer quant à leur développement affectif, social et cognitif est énorme. La détresse et la souffrance engendrée n’est pas moindre. Les conséquences des mesures sanitaires sur le développement affectif, social et cognitif des enfants sont graves et spécifiques. Nombreuses études s’entendent pour dire que les enfants transmettent peu la Covid aux adultes – ce sont les adultes qui contaminent les enfants et les enfants sont très peu à risque de formes graves[2]. Tout un chacun a droit de travailler dans un milieu sécuritaire. Les enfants, notre avenir, ont également droit à ce que l’environnement dans lequel ils croissent soit sécuritaire affectivement et physiquement. Ils ont le droit d’être entourés d’adultes qui prennent soin d’eux et veillent au bon développement de toutes leurs facultés affectives, sociales et cognitives. Les enfants sont des êtres dépendants, fragiles et vulnérables et nous avons ce devoir en tant qu’adultes de veiller à leur épanouissement.   Mélanie Ouimet  
Références: [1] https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.05.12.20099945v1 [2] https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/AvisRapportsDomaine?clefr=911

Nos jeunes sont-ils réellement résilients?

Nos jeunes sont-ils réellement résilients?
Depuis le début de la pandémie, nous entendons régulièrement que les enfants et les adolescents sont résilients. Nous entendons qu’ils ont des capacités d’adaptation bien plus grandes que les adultes.   Lorsque nous vivions des changements qui chamboulent notre quotidien et notre mode de vie habituel, nous vivons du stress. Nos repères sont dérangés. C'est ce que nous vivons de manière intense depuis le début de la pandémie. Chez les enfants, le confinement, les bulles-classes, le lavage de mains, le masque, la distanciation, le manque de rapprochements physiques, les restrictions dans leurs loisirs sont tous des facteurs de stress quotidiens majeurs. Certains vivent avec la peur de tuer leurs grands-parents. Certains ont peur de s'approcher des autres ou d'être approchés. Certains vivent dans un milieu familial précaire. Certains vivent davantage de violence familiale. Certains vivent avec des tensions familiales accentuées. Certains se font bousculés par des adultes qui appliquent les mesures sanitaires vigoureusement ; les enfants n'ont pas beaucoup d'espace pour faire des "erreurs", des "oublis". Ils sont rapidement recadrés, punis pour certains. Dans tout cette frénésie, qui prend soin de leur cœur? S’il est vrai que la majorité des enfants, selon leur âge, pourront comprendre les motivations de santé publique qui poussent à instaurer de telles mesures sanitaires, la majorité d’entre eux le vivent mal. Simplement parce que cela va à l’encontre de leur développement affectif et social. Cela va au-delà de leurs capacités cognitives. Ils peuvent comprendre une consigne mais, cela ne signifie pas qu’ils peuvent l’appliquer à tout moment. Leur élan de vie reprend le dessus. Leur besoin de mouvement, leur besoin de liens, leur besoin de liberté, leur besoin d’exploration, leurs émotions ne leur permettent pas de respecter toutes ses consignes sans commettre des oublis, sans transgresser un interdit, sans éprouver des pertes et des frustrations. Lorsque nous sommes sous stress nous agissons soit par la fuite, l’attaque ou l’immobilisation. Cette réponse physiologique à la menace est la même chez les jeunes. Cependant, ils n’ont pas encore les mots pour nous l’exprimer ni les capacités cérébrales pour y faire face seul ; ils ont besoin des adultes pour les soutenir et pour réguler leur stress. Leur stress et leurs émotions se traduisent via leurs comportements. En d’autres mots, leurs comportements sont leur langage affectif. Nous constatons des comportements d’attaque et/ou de fuite via l’opposition, les crises, la provocation, la procrastination, les addictions. Nous le constatons également par la hausse des troubles d’apprentissage, des troubles de concentration, des troubles alimentaires, des troubles anxieux, des troubles dépressifs, de la démotivation. Ces comportements devraient être un signal d’alarme sur la détresse et la souffrance que vivent nos jeunes. C’est un signe indéniable que l’adaptation et la résilience ne se font pas. Ce sont des signaux d’alerte qui manifestent que ces mesures sanitaires ainsi que tous les bouleversements liés à la pandémie les affectent grandement. Nos enfants ne sont pas malades. Ils n’ont pas davantage de troubles neurologiques nécessitant une médicamentation qu’avant la pandémie. Les changements majeurs liés à la pandémie combinés aux mesures sanitaires sont une source de stress. L’environnement dans lequel nos jeunes évoluent est instable et n’est pas compatible avec leur développement. Ces troubles neurologiques et ces troubles mentaux diagnostiqués sont le reflet du stress et des émotions qu’ils vivent. Il n’est pas normal de prescrire des antidépresseurs à de jeunes enfants. Il n’est pas normal de médicaliser les émotions de nos jeunes. Par ailleurs, s’il est vrai que certains enfants semblent s’accommoder s’en se plaindre des mesures sanitaires qui leur sont imposées, il serait injuste de croire que cela provient de leur grande faculté d’adaptation et de résilience. Dans les réactions physiologiques du stress, l’immobilisation est la réaction qui passe généralement inaperçue. Par contre, cette réaction de figement est tout autant dommageable, sinon plus, pour le cerveau des enfants. L’état d’immobilisation cause un traumatisme. Les enfants qui semblent « sages », qui écoutent sans rouspéter peuvent être figés par le stress chronique qu’ils vivent. Nous devrions prêter une attention particulière aux enfants « sages ». Lorsque les enfants sont soumis à un stress important ou à un stress chronique, ils se coupent de leurs sensations, de leurs émotions et de leurs besoins.
Ce que nous croyons alors être de l’adaptation et de la résilience n’est qu’en réalité un mécanisme de survie de notre cerveau.
Un mécanisme qui fait en quelque sorte disjoncter les circuits cérébraux. Lorsque nous nous vivons du stress, notre organisme sécrète du cortisol. Le cerveau des enfants est encore immature et très vulnérable au stress ainsi qu’à l’augmentation de cortisol sanguin. En forte dose, des neurones peuvent être détruits et des circuits neuronaux peuvent s’abîmer. Il y a également un risque vital réel. Les enfants ne PEUVENT pas réguler leur stress seul, ils ont besoin d’un adulte pour les aider à tempérer leurs fortes émotions. Sans quoi, il y a un risque d’accident cardio-vasculaire. Pour protéger l’organisme de l’enfant, leur cerveau disjoncte : le système d’alarme continu d’être activé mais, l’enfant ne perçoit plus ses sensations et ses émotions. L’enfant ne ressent plus le stress ni ses émotions intenses car aucun signal de danger est envoyé à son cerveau. Cet état lui permet de fonctionner sensiblement normalement. Cela n’est pas une adaptation résiliente mais, un mécanisme d’adaptation pour survivre. Tôt ou tard, notre corps et notre cerveau reprendrons contact avec ces traumatismes et l’enfant devenu adulte devra les affronter, les vivre avec toute la souffrance et la douleur que son organisme avait anesthésiée. Ce processus est douloureux. Guérir d’un traumatisme est un long chemin et plus un traumatisme met du temps à être pris en charge, plus ardu est le parcours vers la guérison. Plus nous attendons, plus le processus de résilience est difficile à enclencher et les défis psychologiques seront plus difficile à apaiser. La résilience n’est pas un joli mot fourre-tout permettant notre déresponsabilisation collective et individuelle. Il y a des effets pervers à toutes ses mesures sanitaires ainsi qu’à tous les sacrifices que nous demandons à nos enfants. Alors, qui s’occupe du cœur de nos jeunes? Nous transmettons la peur dans la population. Nous semons l'angoisse et l'angoisse est un ennemi pernicieux quand il s'empare de notre cerveau. Elle nous paralyse et nous empêche de tout sens critique. L’angoisse nous empêche de toute empathie envers la violence, la maltraitance et la négligence que nous infligeons aux enfants, aux adolescents et à l'ensemble de la société. Nous pouvons éviter cette souffrance à nos jeunes tant que nous en soyons conscients : nos enfants vivent du stress. Ils ressentent l’anxiété des parents, des enseignants. Ils vivent de l’oppression. Ils subissent des conséquences, des avertissements, des punitions quand malgré tous leurs efforts, ils ne sont pas parvenus à respecter les consignes sanitaires ; un masque oublié, une bulle classe non-respectée, un oubli de lavage de main. C’est un environnement très anxiogène. Soyons-en conscient. Ensemble prenons soin du coeur de nos jeunes.  La résilience n’est pas possible dans un environnement anxiogène. En situation de stress, on survie. Également, le processus de résilience ne s’enclenche pas seul. Un enfant seul n’est pas résilient. Il faut des conditions favorables. Il faut de la sécurité, il faut être en lien, il faut être écouté et compris.   Mélanie Ouimet

Le cerveau des enfants est vulnérable au stress

Le cerveau des enfants est vulnérable au stress
Le développement affectif et social des enfants est encore méconnu par une majorité d’adultes.   Tout d’abord, le cerveau humain est préprogrammé pour être en relation. Dans notre cerveau, un nombre important de circuits neuronaux sont dévolus aux relations émotionnelles, affectives et sociales. Nous sommes des mammifères sociaux et nous avons besoin les uns des autres pour survivre. Cela est particulièrement vrai chez les enfants dont le cerveau est immature. Ils grandissent et évoluent en relation d’attachement avec les adultes qui les entourent. Catherine Gueguen nous mentionne que « les découvertes très pointues des neurosciences affectives et sociales montrent que les expériences relationnelles modifient en profondeur le cerveau, en influençant la sécrétion des neurotransmetteurs, le développement des neurones, leur myélinisation, les synapses, les circuits neuronaux, les structures cérébrales, l’expression de certains gènes, les télomères des chromosomes ou encore les systèmes régissant le stress. »  Lorsque nous prenons connaissance de toutes ces modifications qu’ont les relations sur notre cerveau, il devient alors évident que nos relations influencent le développement cérébral de l’enfant, influencent nos comportements, notre santé mentale et physiques. Nos relations influences par conséquent notre manière d’apprendre ainsi que notre potentiel intellectuel et émotionnel. À l’inverse, un environnement défavorable nuit à la maturation du cerveau. Plusieurs structures du cerveau sont atteintes lorsqu’un enfant grandit dans un environnement hostile, maltraitant ou tout autres contextes anxiogènes. Le nombre de conséquences graves est considérable lorsqu’un enfant ne croît pas dans un environnement favorable. Ces expériences malheureuses façonnent et modifient le cours normal du développement du cerveau. Nous ne pouvons plus nier qu’il s’agisse d’un problème de santé publique majeur et donc, que nous sommes collectivement tous responsables à veiller au bien-être de nos jeunes. Actuellement, nous avons tendance à surestimer la capacité d’adaptation des enfants en cette période de pandémie et à minimiser les impacts du stress chronique sur le développement de leur cerveau autant sur leur développement psychoaffectif que sur le développement cognitif.
S’il est vrai que nous pouvons difficilement mesurer les impacts négatifs qu’ont les mesures sanitaires et cette crise mondiale sur nos enfants, nous savons en revanche que le cerveau des enfants est très vulnérable au stress.
Un enfant seul ne peut pas s’adapter. Il ne peut pas tempérer le stress qu’il vit. Quand un enfant ressent des émotions que ce soit de la tristesse, de la colère, de la peur, l’amygdale cérébrale répond à ce stress corporel et des molécules de cortisol et d’adrénaline sont sécrétés. En quantité importantes et sur une longue période de temps, ces hormones de stress sont toxiques pour l’organisme de l’enfant ainsi que pour son cerveau en plein développement. Le cortex préfrontal se développe sur plusieurs années comparativement à d’autres régions du cerveau. Cette partie du cerveau est par conséquent beaucoup plus vulnérable au stress. Des difficultés de régulation de l’attention et du comportement surviennent fréquemment chez les enfants qui vivent de l’adversité dès leur plus jeune âge. Dans cette optique, l’activité cérébrale du cortex préfrontal est très faible chez les adultes colériques, anxieux, violents. Pour un enfant qui vit un stress chronique, les risques de devenir un individu colérique, de faire des crises d’angoisses, d’avoir un trouble anxieux, d’être dépressif, d’avoir de la difficulté à entrer en relation avec autrui sont importants. La maturation du cortex orbito-frontal ainsi que les connexions neuronales ne se déploient pas de manière favorable lorsque l’enfant est sous stress. Ce processus naturel et inné est ralenti, voire interrompt. Également, lorsque le stress est chronique, la quantité de cortisol sécrété peut détruire des neurones dans des zones importantes du cerveau comme le cortex frontal, le cortex orbito-frontal, le corps calleux, l’hippocampe et le cervelet. Un enfant ou un adolescent peut passer au travers diverses crises comme celle que nous traversons en ce moment. Par contre, son environnement doit lui permettre de se sentir en sécurité affective. Cette sécurité se retrouve dans les relations d’attachement qu’il a avec les adultes qui prennent soin de lui dans son quotidien. Il doit pouvoir se déposer, se sentir accueilli, compris, vu et écouté. En soi, ce sont les adultes qui permettent aux enfants tempérer leur stress et par conséquent, de favoriser l’adaptation et la résilience. Malheureusement, actuellement, force est de constater que plusieurs enfants n’évoluent dans cet environnement favorable. La hausse de détresse chez les enfants et les adolescents depuis le début de la pandémie est remarquable et cela est le reflet du stress chronique qu’ils vivent. Nous voyons ces répercussions autant sur le plan scolaire que sur leur santé mentale et physique. Leurs comportements et leurs modifications psychologiques témoignent de leur détresse. Nous pouvons agir en répondant aux besoins fondamentaux d’affection, d’attention, de calme, de sécurité des enfants. Pour se développer de manière optimale, le cerveau a besoin d’empathie, de bienveillance et de présence. Nos enfants ont besoin d’être soutenus par les adultes qui les accompagnent pour les aider à nommer leurs émotions et pour leur offrir un espace d’attachement tendre, chaleureux et sécuritaire pour se déposer.   Pour mieux soutenir les jeunes à l'école : https://neurodiversite.com/section-livres/   Mélanie Ouimet   Références : [1] Catherine Gueguen, heureux d’apprendre à l’école, comment les neurosciences affectives sociales peuvent changer l’éducation, Les arènes – Robert Laffond, Paris 2018. [2] Gottay et al, 2006 [3] Arnsten, 2009 [4] Bos et al, 2009, Pollak et al, 2010 [5] Coccaro 2011

La neurodiversité : une utopie qui masque la souffrance?

La neurodiversité : une utopie qui masque la souffrance?
Célébrer la neurodiversité, la diversité humaine, l’intelligence sous toutes ses formes : la diversité du cerveau, corps et esprit humain, avec ses souffrances et blessures, avec ses couleurs et lumières.    Une des critiques négatives envers le concept de la neurodiversité est que celui-ci est élitisme et ne s’adresse qu’aux personnes ayant un bon niveau de fonctionnement social. En ce qui a trait à l’autisme particulièrement, cette critique revient souvent soi-disant que la neurodiversité s’adresse seulement aux autistes « hautement fonctionnels ». Il est reproché d’oublier et d’exclure les autistes de « bas niveau », voire de ne parler que pour une « race supérieure » d’autistes. En somme, le concept négligerait ceux ayant un « véritable » trouble et un « véritable » handicap. Cette croyance ne pourrait être plus qu’infondée! Il est important de spécifier d’emblée que la neurodiversité est inclusive. L’humanité est neurodiverse comme l’humanité est raciale, culturelles, ethnique. La neurodiversité ne catégorise pas les êtres humains en termes de maladies mentales, de troubles neurologiques, de déficits ou d’anormalité. La neurodiversité favorise l’épanouissement de chaque être humain, dans le respect de sa singularité, en lui apportant l’aide et un soutien véritables basés avant tout sur la relation humaine et selon ses besoins qui lui sont propres.  Actuellement, la tendance populaire pour expliquer les troubles psychiatriques est basée principalement sur le cerveau de la personne : le cerveau est fonctionnel ou dysfonctionnel. En somme, la psychiatrie utilise les neurosciences cognitives pour expliquer les « symptômes » d’une personne. Or, un être humain ne pourra jamais être réduit qu’à son cerveau. Le cerveau est complexe et surtout, il est en interaction constante avec l’entièreté du corps humain.  La neurodiversité est un concept qui se base sur les neurosciences – pas seulement sur le cognitif. Les neurosciences englobent les disciplines étudiants le système nerveux ainsi que l’anatomie et les maladies qui peuvent en découler. Les neurosciences sont donc un champ transdisciplinaire faisant appel à une diversité d’approches afin de considérer l’être humain dans son intégralité. Ainsi, lorsque nous abordons le concept de la neurodiversité, en aucun cas il s’agit de masquer la souffrance comme si elle n’existait pas, mais bien d’une part, apporter une meilleure compréhension de la diversité humaine. L’excentricité, l’intensité, l’originalité, l’hypersensibilité, l’intériorité, la spontanéité ne sont pas des maladies! Dans cete même optique, c’est de donner un sens aux comportements. Les comportements, les réactions et les émotions humaines qui ressortent de la norme et qui semblent parfois incompréhensibles et qui effraient la majorité ne sont pas nécessairement le signe d’un trouble immuable ni d’un dysfonctionnel cérébral[1]. Par exemple, l’autisme se caractériserait par une plasticité modale-croisée[2], c’est-à-dire une réorganisation des aires cérébrales qui confèrerait un fonctionnement perceptif préférentiel comparativement à un fonctionnement préférentiellement social. Il s’agit d’une variante neurologique minoritaire naturelle. Lorsque certains comportements perturbants surviennent ou qu’une souffrance qui semble sans retour s’installe, la « cause » n’est pas ce fonctionnement perceptif à proprement parler, mais bien la résultante de plusieurs situations externes vécues par la personne. Pour comprendre le sens des comportements ou de la souffrance, il est impératif de considérer l’être humain dans un système complexe et dynamique et de concevoir les comportements comme étant une réaction physiologique « normale » et non comme une réaction conséquente à un trouble, à une maladie mentale contre laquelle nous devons nous battre. À l’inverse de la tendance psychiatrique actuelle, la neurodiversité ne masque pas la souffrance humaine sous l’appellation « trouble neurologique » - d’un cerveau dysfonctionnel. Il est essentiel de reconnaître ce qui ne va pas, sans toutefois le pathologiser ni en laissant la personne avec la problématique. La neurodiversité met sans masque ni tabou cette souffrance en lumière pour apporter un véritable soutien à la personne afin de permettre à celle-ci de la vivre et de la traverser pleinement en toute sécurité. La neurodiversité s’oppose au conformiste d’une société normalisante qui détruit tout ce qui fait de nous des êtres humains et qui semble avoir perdue de vue au fil du temps les besoins essentiels des humains: se sentir inclut, vu, reconnu, compris, connecté.  Célébrer la richesse de l’être humain. La force de sa diversité naturelle. Sa capacité singulière et souvent incomprise d’adaptation dans l’adversité, même la plus hostile. La complexité de ses systèmes qui interagissent ensemble, avec les autres et avec l’environnement. Célébrer l’être humain, un être fondamentalement social dont ses joies, ses peines, ses déceptions, ses réussites, ses attentes, ses angoisses, ses souffrances, sa résilience ne seront jamais réductibles qu’à un cerveau « normal » ou « dysfonctionnel » pas plus qu’à des mesures neurobiologiques. La neurodiversité est une forme d’élitisme selon certains. Mais, l’élitisme ne serait pas plutôt de faire croire à certaines personnes qu’elles ont un trouble et ainsi leur enlever tout pouvoir sur leur vie personnelle? Le concept de la neurodiversité n’est pas que réservé aux personnes « hautement fonctionnelles » de la société. Le concept de la neurodiversité n’est pas un nouveau paradigme qui servira à masquer la détresse et la souffrance humaine, comme le fait le paradigme médical actuel en nommant ces défis : troubles psychiatriques. Dépsychiatriser ces comportements ne revient pas à dire que nous devons accepter la personne comme elle est en la laissant dans une détresse ou en la laissant avoir des comportements potentiellement dangereux pour elle comme pour son entourage. Il s’agit d’apporter un sens à ses comportements, d’en trouver la racine profonde afin qu’elle puisse retrouver sa pleine autonomie. La neurodiversité, c’est en soi repenser l’organisme vivant en tant que systèmes complexes interagissant ensemble pour former un tout indissociable. La neurodiversité, c’est de concevoir la souffrance psychique de manière totalement différente que ce que l’industrie pharmacologique propose et d’amener une vision humanisme pour redonner le pouvoir et l’autonomie à chaque être humain. Mélanie Ouimet   [1] À titre d’exemple : http://neuromanite.com/2019/10/28/troubles-graves-du-comportement-ou-mecanismes-dadaptation-mal-compris-partie-1/ [2] Barbeau, E.B., Lewis, J.D., Doyon, J., Benali, H., Zeffiro, T.A., & Mot- tron, L. (2015) A Greater Involve- ment of Posterior Brain Areas in Interhemispheric Transfer in Au- tism: fMRI, DWI and behavioral evidences. NeuroImage:Clinical 8: 267–280 [/pl_text] [/pl_col] [/pl_row]

La parentalité proximale n’est pas une forme de laxisme

La parentalité proximale n’est pas une forme de laxisme

La parentalité proximale est souvent amalgamée ou confondue avec une certaine forme de laxisme.

Le laxisme serait une forme de parentalité qui s’apparente au « laisser-aller ». Le parent devrait répondre à toutes les demandes de l’enfant et lui éviter toute forme de frustration. Un système dans lequel l’enfant n’aurait aucune limite. La parentalité proximale signifie de répondre, autant que possible, aux besoins fondamentaux primaires des tout-petits : succion, attachement, proximité, sécurité, affection, tendresse, amour. L’enfant bénéficie d’un cadre sécuritaire et défini dans lequel il a autant de liberté que possible pour explorer, créer, bouger, toucher afin de favoriser son développement moteur, intellectuel et émotionnel. Les parents misent également sur la capacité innée des enfants à s’auto-discipliner lorsqu’ils sont considérés et respectés. La parentalité proximale prend également en considération le développement affectif et social de l’enfant. Ainsi, il n’est aucunement suggéré que nous devons accepter tous les comportements et demandes des enfants. Prenons cet exemple. Un enfant souhaite avoir un gâteau au chocolat pour le souper. Le parent lui refuse en lui expliquant pourquoi. L’enfant pourra exploser de colère suivant ce refus. Un parent laxisme voudrait éviter que l’enfant fasse une crise, soit pour lui éviter une souffrance soit pour s’éviter à lui-même de faire face à la crise de l’enfant qui peut être très difficile à contenir. À l’inverse, la parentalité proximale permet de reconnaître le sentiment de l’enfant : la frustration. La frustration n’est pas un caprice! Les refus entrainent beaucoup de frustration, particulièrement chez le jeune enfant. Suivant son développement affectif, celui-ci est bouleversé par les contraintes et la force de sa frustration est particulièrement intense et violente. Certains gestes inacceptables peuvent également déferler. En aucun cas la violence doit être acceptée par le parent. Cependant, le parent peut arrêter doucement les gestes impulsifs de l’enfant, sans mettre d’emphase négative sur ceux-ci. Le cerveau d’un enfant est encore immature et seul, l’enfant ne peut arriver à maîtriser sa frustration. Il a besoin de la présence sécurisante d’un adulte qui le reconnaîtra dans sa frustration et le mènera progressivement vers la tristesse, les larmes et l’acceptation, donc progressivement vers le chemin de la résilience. Accompagner l’enfant à traverser sa frustration n’est pas de répondre à un caprice mais bien de répondre à un besoin émotionnel. Par ailleurs, l’amalgame entre parentalité proximale et « un enfant roi » est souvent faite. Nous confondons ici également deux éléments qui sont pourtant bien différents. Un enfant roi est un enfant qui n’a malheureusement pas connu suffisamment de frustration et de connexion bienveillante et empathique avec les adultes qui l’accompagnent. Ainsi, ce n’est pas le parentage de proximité qui crée l’enfant roi mais bien le fait d’éviter toutes frustrations à l’enfant et surtout, de ne pas être à l’écoute des véritables besoins qu’il tente d’exprimer maladroitement. « L’amour, c’est du carburant pour nos enfants » pour reprendre la phrase culte d’Isabelle Filliozat. Nous croyons souvent que l’enfant « roi » est un enfant qui a reçu tout ce dont il avait besoin, qu’il a même été gavé d’amour puisque tous ses désirs ont été comblés. Mais, c’est une Erreur! Un enfant roi n’est pas un enfant choyé et rempli d’amour, bien au contraire. Par ses demandes exigeantes, l’enfant « roi » exprime des manques, principalement des carences affectives. Par exemple, lorsque ce dernier affirme qu’il veut un nouveau jouet et qu’il fait une énorme crise, bien que cela calmera la crise, lui acheter ce jouet ne va pas combler son véritable besoin cacher derrière sa demande. La racine de ses incessantes demandes est souvent le manque de relation affective. Il n’a  donc pas besoin d’une discipline plus ferme mais d’être entendu et compris. Il a besoin d’être en relation affective avec les adultes qui en prennent soin. Il a besoin d’amour… Ne mélangeons pas le besoin d’amour avec satisfaction de tous les désirs! Tristement, nous en sommes venus à croire qu’un enfant peut devenir « gâté pourrit » si nous répondons à ses besoins affectifs. Nous ne le répèterons jamais assez, un enfant NE PEUT PAS être gavé d’amour.   Mélanie Ouimet