Pandémie : sortir de l’échange stérile « pour ou contre »

Pandémie : sortir de l’échange stérile « pour ou contre »

Je ne sais pas quelles stratégies auraient été préférables. Je ne suis pas dans le « pour » ou « contre » ni dans un « clan » ou « dans l’autre ». Je suis humaine et j’ai des jugements mais, j’ai toujours été dans la réflexion avec une pensée fluide qui dérange.

 

Je ne me situe pas d’un côté ni de l’autre. Je suis pour un vivre-ensemble qui ne fera violence à personne. Je cherche une autre proposition de société qui sort de nos croyances acquises limitantes. Ce n’est pas parce que nous ne savons pas faire autrement que cet autrement n’existe pas et que nous devons rester enfermés dans nos carcans sociaux, et pire, sous prétexte que « nous sommes en pandémie! ».

Ainsi, je déplore que nous n’ayons plus le droit à la réflexion et que seule la pensée unique domine. La division, l’extrémisme, la radicalisation naissent de cette pensée unique et de cette incapacité d’échanger, de débattre avec écoute et ouverture.

Je déplore que nos gouvernements optent pour des obligations plutôt que des recommandations. Pendant que nous souhaitons assurer notre sécurité, nous ne voyons pas que nous faisons violence à d’autres et pire, parfois nous trouvons que cela justifié. Je déplore que nous n’ayons pas misé sur la responsabilisation, le discernement et le gros bon sens de tout un chacun.

Je déplore les 133 millions et des poussières[1] dépensés en publicité pour maintenir un discours unique et persuasif qui maintient un climat de peur. La peur et les mécanismes de survie nous déshumanisent. Des situations que jamais nous accepterions deviennent acceptables, voire nécessaires ; des ainées isolées dans leur chambre, des personnes qui décèdent seul sans pouvoir voir leur proche, des enfants masqués, des adolescents isolés. L’isolement est une torture. Rien de justifie la violence et encore moins sous prétexte que cela ne nous tue pas. Sauf peut-être lorsque nous sommes aveuglés par la peur qui nous empêche d’être en réelle empathie et que nous avons des croyances limitantes ; « on n’a pas le choix, on est en pandémie! ».

Je déplore ces discours : « Nous devons tous faire des sacrifices! », « Des gens vont mourir si… », « Par respect pour les personnes décédés, nous devons… », « Il faut soutenir et être solidaire avec le personnel soignant! ». C’est de la violence collective, de la manipulation, de la culpabilisation. Les sanctions, les obligations, les menaces, les chasses aux sorcières, le mépris, les insultes, le rabaissement sont des formes de violence. Ce n’est pas pour notre bien. Ce n’est pas sain. Ce n’est pas de la protection. Ce n’est pas offrir de la sécurité, de la puissance et du pouvoir à la société. Je déplore que nous ne soyons pas des citoyens actifs, constructifs, soutenants, participatifs, créatifs dans cette pandémie. Je déplore que nous soyons plutôt dépréciés au statut de citoyens passifs et résignés attendant une solution miracle qui nous sauvera de cette pandémie.

Je déplore qu’on se dise que « l’augmentation des suicides chez les moins de 15 ans en 2020 soit considéré comme un moindre mal ». Au Japon, cette augmentation est de 30%[2]! Aucun jeune de moins de 15 ans n’est décédé de la Covid mais, 90 se sont enlevés la vie. En 2020, les décès par suicides au Japon dépassent ceux de la Covid, un pays qui n’avait pas connu de hausse de suicides depuis les 11 dernières années! Je déplore que nous n’ayons pas encore accès à ces données au Québec et je déplore que nous n’en fassions pas une priorité. Je déplore que les enfants soient les plus grandes victimes collatérales du Grand confinement selon l’ONU. Des millions de décès annuels supplémentaires des moins de 5 ans sont à prévoir dans les prochaines années[3]. Je déplore qu’en 2020, déjà entre 6000 et 12 000 personnes mouraient quotidiennement de faim[4] en lien avec la crise économique et sociale. Je déplore que le fossé entre privilégiés et vulnérables se creusent, encore. Mais ça, on s’en fout, tant que nous soyons tous vaccinés et que personne ne dérange notre confort lorsque nous pourrons consommer à nouveau des divertissements éphémères et que le cours normal de notre vie aura repris.

Je déplore la destruction du tissu social. Je déplore que nous soyons un contre l’autre, que nous devions choisir un ou l’autre plutôt que favoriser un vivre-ensemble qui tiennent compte des réalités de tous ; celle du personnel soignant, celle des plus démunis, celle de ceux en faillite, celle des personnes en détresse, celle des adolescents, celle des enfants, celle des personnes âgées, celle unique de tout un chacun.

Pour ma part, ce que je vis n’est pas au niveau cognitif : « il faut comprendre que ». Ce que je vis se situe dans l’empathie des différentes réalités aux plurialités infinies.

 

Mélanie Ouimet


[1] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1784934/coronavirus-sensibilisation-infection-ontario-comparaison

[2] https://www.voaafrique.com/a/le-japon-a-enregistr%C3%A9-plus-de-20-000-suicides-l-an-dernier/5747611.html

[3]https://www.un.org/sites/un2.un.org/files/policy_brief_on_covid_impact_on_children_16_april_2020.pdf

[4] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1731502/faim-alimentation-pandemie-covid-restrictions

Le port du masque chez les adultes : vers une régression du potentiel du cerveau humain?

Le port du masque chez les adultes : vers une régression du potentiel du cerveau humain?

Dans un texte paru en mars dernier signé par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, des psychologues alarment sur les conséquences du port du masque chez les adultes qui prennent soin des jeunes enfants quotidiennement.

 

Depuis maintenant plus d’un an, les jeunes enfants ne connaissent que cet environnement sanitaire : distanciation, lavage des mains, visages masqués et climat anxiogène. Ils observent des adultes à demi-visage. Ils entendent leur voix étouffée par le masque. Ils ont peu de contacts sociaux. Ils ont peu de contacts physiques. Ils vivent dans un climat anxiogène empli d’interdits. Leur développement social, émotionnel et cognitif est brimé et conséquemment, altéré. Dans la vie d’un jeune enfant, 1 an est une éternité. Certains ne se souviennent plus de la vie d’avant la pandémie. D’autres ne connaissent que cela. Un temps immensément grand qui laisse place déjà à de lourdes conséquences développementales visibles et qui prendront des années à palier.

Le cerveau humain est construit pour être en relation intime avec les autres. L’être humain est un mammifère grégaire qui vit en interdépendance avec ceux qui l’entourent. C’est une nécessité biologique.

La faculté d’empathie est innée à notre espèce. C’est-à-dire que notre cerveau contient déjà tout le bagage génétique pour ressentir de l’empathie envers autrui. Par contre, pour développer cette compétence au fil des années, le petit d’Homme a besoin d’un environnement qui sera favorable au déploiement de cette faculté comme pour toutes autres compétences relationnelles. L’être humaine naît avec un cerveau très immature. Le cerveau des tout-petits est très fragile et vulnérable au stress. L’environnement dans lequel il évolue a un impact majeur sur le bon développement de son cerveau.

Déjà, nous avions des données en juin 2020 d’une étude réalisée par une équipe chinoise de la pandémie de SRAS de 2003 portant sur le développement de 15 000 enfants âgés de 0 à 15 ans[1]. Les retards langagiers, moteurs et sociaux sont notables. Une réduction des courbes de poids particulièrement chez les jeunes enfants de moins de 4 ans a été observée. Les causes étaient les changements de comportement (port de masque, quarantaines et activités extérieure réduite) qui peuvent affecter les fonctions physiologiques et psychosociales des enfants. Les masques nuisent à la communication non verbale entre les enfants et les adultes et affaiblissent les liens sociaux et cognitifs.

En janvier 2021, l’Université de Grenoble donne les résultats d’une enquête réalisée auprès de 600 professionnels de la petite enfance sur les effets du port du masque et des nouvelles modalités d’accueil des enfants. Il en ressort que les interactions langagières sont plus pauvres. Le port du masque a des conséquences sur l’acquisition du langage. Cela est particulièrement remarqué chez les mois de 18 mois ; ils ne parviennent pas à saisir les paroles et se désintéressent de ce qui leur est dit. Nombreux professionnels ont noté des attitudes socioaffectives altérées : pleurs, anxiété, tentatives de retirer le masque de l’adulte ou au contraire, des réactions de peur face au visage démasqué et des difficultés à déclencher le sourire réponse. Les professionnels déplorent également les conditions de travail délabrés : fatigue liée à l’altération de la respiration, nécessité de hausser le ton pour se faire entendre, surcharge de travail pour s’adapter aux mesures d’hygiène, renoncement à certaines activités.

L’environnement dans lequel évolue un enfant favorise ou non son développement affectif, social et cognitif. Les relations affectives et sociales sont au cœur du développement du cerveau humain. Des connexions cérébrales cognitives et sociales affaiblies étaient remarquées chez les enfants observés lors de l’épidémie en 2003. Qu’en sera-t-il pour cette pandémie mondiale? Des connexions s’affaiblissent déjà petit à petit. Les connexions neuronales et les circuits subjacents ne peuvent pas pleinement se déployer dans un environnement anxiogène ni en l’absence de contacts physiques et de chaleur humaine. L’être humain a besoin de voir le visage entier pour développer pleinement ses compétences socio-émotionnelles et cognitive. Le cerveau des enfants sera-t-il gravement entravé? Verrons-nous des enfants avec un cortex préfrontal plus petit car moins de neurones et de circuits neuronaux se seront créés? Reconnaîtrons-nous toutes ces régressions dans le développement du cerveau humain comme étant la conséquence directe de ces mesures sanitaires? Ou, préfèrerons-nous nous esquiver de notre responsabilité en diagnostiquant massivement des troubles neurologiques et psychologiques chez la prochaine génération? Cette porte est déjà pleinement ouverte…

Les jeunes s’adaptent-ils? Font-ils preuve de résilience? Les enfants ont la faculté de se résigner afin de poursuivre leur développement en toutes circonstances. C’est l’instinct de survie qui prédomine. À cela ne tienne, le coût à payer quant à leur développement affectif, social et cognitif est énorme. La détresse et la souffrance engendrée n’est pas moindre.

Les conséquences des mesures sanitaires sur le développement affectif, social et cognitif des enfants sont graves et spécifiques. Nombreuses études s’entendent pour dire que les enfants transmettent peu la Covid aux adultes – ce sont les adultes qui contaminent les enfants et les enfants sont très peu à risque de formes graves[2]. Tout un chacun a droit de travailler dans un milieu sécuritaire. Les enfants, notre avenir, ont également droit à ce que l’environnement dans lequel ils croissent soit sécuritaire affectivement et physiquement. Ils ont le droit d’être entourés d’adultes qui prennent soin d’eux et veillent au bon développement de toutes leurs facultés affectives, sociales et cognitives. Les enfants sont des êtres dépendants, fragiles et vulnérables et nous avons ce devoir en tant qu’adultes de veiller à leur épanouissement.

 

Mélanie Ouimet

 


Références:

[1] https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.05.12.20099945v1

[2] https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/AvisRapportsDomaine?clefr=911

Nos jeunes sont-ils réellement résilients?

Nos jeunes sont-ils réellement résilients?

Depuis le début de la pandémie, nous entendons régulièrement que les enfants et les adolescents sont résilients. Nous entendons qu’ils ont des capacités d’adaptation bien plus grandes que les adultes.

 

Lorsque nous vivions des changements qui chamboulent notre quotidien et notre mode de vie habituel, nous vivons du stress. Nos repères sont dérangés. C’est ce que nous vivons de manière intense depuis le début de la pandémie. Chez les enfants, le confinement, les bulles-classes, le lavage de mains, le masque, la distanciation, le manque de rapprochements physiques, les restrictions dans leurs loisirs sont tous des facteurs de stress quotidiens majeurs. Certains vivent avec la peur de tuer leurs grands-parents. Certains ont peur de s’approcher des autres ou d’être approchés. Certains vivent dans un milieu familial précaire. Certains vivent davantage de violence familiale. Certains vivent avec des tensions familiales accentuées. Certains se font bousculés par des adultes qui appliquent les mesures sanitaires vigoureusement ; les enfants n’ont pas beaucoup d’espace pour faire des « erreurs », des « oublis ». Ils sont rapidement recadrés, punis pour certains. Dans tout cette frénésie, qui prend soin de leur cœur?

S’il est vrai que la majorité des enfants, selon leur âge, pourront comprendre les motivations de santé publique qui poussent à instaurer de telles mesures sanitaires, la majorité d’entre eux le vivent mal. Simplement parce que cela va à l’encontre de leur développement affectif et social. Cela va au-delà de leurs capacités cognitives. Ils peuvent comprendre une consigne mais, cela ne signifie pas qu’ils peuvent l’appliquer à tout moment. Leur élan de vie reprend le dessus. Leur besoin de mouvement, leur besoin de liens, leur besoin de liberté, leur besoin d’exploration, leurs émotions ne leur permettent pas de respecter toutes ses consignes sans commettre des oublis, sans transgresser un interdit, sans éprouver des pertes et des frustrations.

Lorsque nous sommes sous stress nous agissons soit par la fuite, l’attaque ou l’immobilisation. Cette réponse physiologique à la menace est la même chez les jeunes. Cependant, ils n’ont pas encore les mots pour nous l’exprimer ni les capacités cérébrales pour y faire face seul ; ils ont besoin des adultes pour les soutenir et pour réguler leur stress. Leur stress et leurs émotions se traduisent via leurs comportements. En d’autres mots, leurs comportements sont leur langage affectif.

Nous constatons des comportements d’attaque et/ou de fuite via l’opposition, les crises, la provocation, la procrastination, les addictions. Nous le constatons également par la hausse des troubles d’apprentissage, des troubles de concentration, des troubles alimentaires, des troubles anxieux, des troubles dépressifs, de la démotivation. Ces comportements devraient être un signal d’alarme sur la détresse et la souffrance que vivent nos jeunes. C’est un signe indéniable que l’adaptation et la résilience ne se font pas. Ce sont des signaux d’alerte qui manifestent que ces mesures sanitaires ainsi que tous les bouleversements liés à la pandémie les affectent grandement.

Nos enfants ne sont pas malades. Ils n’ont pas davantage de troubles neurologiques nécessitant une médicamentation qu’avant la pandémie. Les changements majeurs liés à la pandémie combinés aux mesures sanitaires sont une source de stress. L’environnement dans lequel nos jeunes évoluent est instable et n’est pas compatible avec leur développement. Ces troubles neurologiques et ces troubles mentaux diagnostiqués sont le reflet du stress et des émotions qu’ils vivent. Il n’est pas normal de prescrire des antidépresseurs à de jeunes enfants. Il n’est pas normal de médicaliser les émotions de nos jeunes.

Par ailleurs, s’il est vrai que certains enfants semblent s’accommoder s’en se plaindre des mesures sanitaires qui leur sont imposées, il serait injuste de croire que cela provient de leur grande faculté d’adaptation et de résilience.

Dans les réactions physiologiques du stress, l’immobilisation est la réaction qui passe généralement inaperçue. Par contre, cette réaction de figement est tout autant dommageable, sinon plus, pour le cerveau des enfants. L’état d’immobilisation cause un traumatisme. Les enfants qui semblent « sages », qui écoutent sans rouspéter peuvent être figés par le stress chronique qu’ils vivent. Nous devrions prêter une attention particulière aux enfants « sages ».

Lorsque les enfants sont soumis à un stress important ou à un stress chronique, ils se coupent de leurs sensations, de leurs émotions et de leurs besoins.

Ce que nous croyons alors être de l’adaptation et de la résilience n’est qu’en réalité un mécanisme de survie de notre cerveau.

Un mécanisme qui fait en quelque sorte disjoncter les circuits cérébraux. Lorsque nous nous vivons du stress, notre organisme sécrète du cortisol. Le cerveau des enfants est encore immature et très vulnérable au stress ainsi qu’à l’augmentation de cortisol sanguin. En forte dose, des neurones peuvent être détruits et des circuits neuronaux peuvent s’abîmer. Il y a également un risque vital réel. Les enfants ne PEUVENT pas réguler leur stress seul, ils ont besoin d’un adulte pour les aider à tempérer leurs fortes émotions. Sans quoi, il y a un risque d’accident cardio-vasculaire. Pour protéger l’organisme de l’enfant, leur cerveau disjoncte : le système d’alarme continu d’être activé mais, l’enfant ne perçoit plus ses sensations et ses émotions. L’enfant ne ressent plus le stress ni ses émotions intenses car aucun signal de danger est envoyé à son cerveau. Cet état lui permet de fonctionner sensiblement normalement.

Cela n’est pas une adaptation résiliente mais, un mécanisme d’adaptation pour survivre.

Tôt ou tard, notre corps et notre cerveau reprendrons contact avec ces traumatismes et l’enfant devenu adulte devra les affronter, les vivre avec toute la souffrance et la douleur que son organisme avait anesthésiée. Ce processus est douloureux. Guérir d’un traumatisme est un long chemin et plus un traumatisme met du temps à être pris en charge, plus ardu est le parcours vers la guérison. Plus nous attendons, plus le processus de résilience est difficile à enclencher et les défis psychologiques seront plus difficile à apaiser.

La résilience n’est pas un joli mot fourre-tout permettant notre déresponsabilisation collective et individuelle. Il y a des effets pervers à toutes ses mesures sanitaires ainsi qu’à tous les sacrifices que nous demandons à nos enfants. Alors, qui s’occupe du cœur de nos jeunes?

Nous transmettons la peur dans la population. Nous semons l’angoisse et l’angoisse est un ennemi pernicieux quand il s’empare de notre cerveau. Elle nous paralyse et nous empêche de tout sens critique. L’angoisse nous empêche de toute empathie envers la violence, la maltraitance et la négligence que nous infligeons aux enfants, aux adolescents et à l’ensemble de la société.

Nous pouvons éviter cette souffrance à nos jeunes tant que nous en soyons conscients : nos enfants vivent du stress. Ils ressentent l’anxiété des parents, des enseignants. Ils vivent de l’oppression. Ils subissent des conséquences, des avertissements, des punitions quand malgré tous leurs efforts, ils ne sont pas parvenus à respecter les consignes sanitaires ; un masque oublié, une bulle classe non-respectée, un oubli de lavage de main. C’est un environnement très anxiogène. Soyons-en conscient. Ensemble prenons soin du coeur de nos jeunes. 

La résilience n’est pas possible dans un environnement anxiogène. En situation de stress, on survie. Également, le processus de résilience ne s’enclenche pas seul. Un enfant seul n’est pas résilient. Il faut des conditions favorables. Il faut de la sécurité, il faut être en lien, il faut être écouté et compris.

 

Mélanie Ouimet

Le cerveau des enfants est vulnérable au stress

Le cerveau des enfants est vulnérable au stress

Le développement affectif et social des enfants est encore méconnu par une majorité d’adultes.

 

Tout d’abord, le cerveau humain est préprogrammé pour être en relation. Dans notre cerveau, un nombre important de circuits neuronaux sont dévolus aux relations émotionnelles, affectives et sociales. Nous sommes des mammifères sociaux et nous avons besoin les uns des autres pour survivre. Cela est particulièrement vrai chez les enfants dont le cerveau est immature. Ils grandissent et évoluent en relation d’attachement avec les adultes qui les entourent.

Catherine Gueguen nous mentionne que « les découvertes très pointues des neurosciences affectives et sociales montrent que les expériences relationnelles modifient en profondeur le cerveau, en influençant la sécrétion des neurotransmetteurs, le développement des neurones, leur myélinisation, les synapses, les circuits neuronaux, les structures cérébrales, l’expression de certains gènes, les télomères des chromosomes ou encore les systèmes régissant le stress. »  Lorsque nous prenons connaissance de toutes ces modifications qu’ont les relations sur notre cerveau, il devient alors évident que nos relations influencent le développement cérébral de l’enfant, influencent nos comportements, notre santé mentale et physiques. Nos relations influences par conséquent notre manière d’apprendre ainsi que notre potentiel intellectuel et émotionnel.

À l’inverse, un environnement défavorable nuit à la maturation du cerveau. Plusieurs structures du cerveau sont atteintes lorsqu’un enfant grandit dans un environnement hostile, maltraitant ou tout autres contextes anxiogènes. Le nombre de conséquences graves est considérable lorsqu’un enfant ne croît pas dans un environnement favorable. Ces expériences malheureuses façonnent et modifient le cours normal du développement du cerveau. Nous ne pouvons plus nier qu’il s’agisse d’un problème de santé publique majeur et donc, que nous sommes collectivement tous responsables à veiller au bien-être de nos jeunes.

Actuellement, nous avons tendance à surestimer la capacité d’adaptation des enfants en cette période de pandémie et à minimiser les impacts du stress chronique sur le développement de leur cerveau autant sur leur développement psychoaffectif que sur le développement cognitif.

S’il est vrai que nous pouvons difficilement mesurer les impacts négatifs qu’ont les mesures sanitaires et cette crise mondiale sur nos enfants, nous savons en revanche que le cerveau des enfants est très vulnérable au stress.

Un enfant seul ne peut pas s’adapter. Il ne peut pas tempérer le stress qu’il vit. Quand un enfant ressent des émotions que ce soit de la tristesse, de la colère, de la peur, l’amygdale cérébrale répond à ce stress corporel et des molécules de cortisol et d’adrénaline sont sécrétés. En quantité importantes et sur une longue période de temps, ces hormones de stress sont toxiques pour l’organisme de l’enfant ainsi que pour son cerveau en plein développement.

Le cortex préfrontal se développe sur plusieurs années comparativement à d’autres régions du cerveau. Cette partie du cerveau est par conséquent beaucoup plus vulnérable au stress. Des difficultés de régulation de l’attention et du comportement surviennent fréquemment chez les enfants qui vivent de l’adversité dès leur plus jeune âge. Dans cette optique, l’activité cérébrale du cortex préfrontal est très faible chez les adultes colériques, anxieux, violents. Pour un enfant qui vit un stress chronique, les risques de devenir un individu colérique, de faire des crises d’angoisses, d’avoir un trouble anxieux, d’être dépressif, d’avoir de la difficulté à entrer en relation avec autrui sont importants.

La maturation du cortex orbito-frontal ainsi que les connexions neuronales ne se déploient pas de manière favorable lorsque l’enfant est sous stress. Ce processus naturel et inné est ralenti, voire interrompt. Également, lorsque le stress est chronique, la quantité de cortisol sécrété peut détruire des neurones dans des zones importantes du cerveau comme le cortex frontal, le cortex orbito-frontal, le corps calleux, l’hippocampe et le cervelet.

Un enfant ou un adolescent peut passer au travers diverses crises comme celle que nous traversons en ce moment. Par contre, son environnement doit lui permettre de se sentir en sécurité affective. Cette sécurité se retrouve dans les relations d’attachement qu’il a avec les adultes qui prennent soin de lui dans son quotidien. Il doit pouvoir se déposer, se sentir accueilli, compris, vu et écouté. En soi, ce sont les adultes qui permettent aux enfants tempérer leur stress et par conséquent, de favoriser l’adaptation et la résilience.

Malheureusement, actuellement, force est de constater que plusieurs enfants n’évoluent dans cet environnement favorable. La hausse de détresse chez les enfants et les adolescents depuis le début de la pandémie est remarquable et cela est le reflet du stress chronique qu’ils vivent. Nous voyons ces répercussions autant sur le plan scolaire que sur leur santé mentale et physique. Leurs comportements et leurs modifications psychologiques témoignent de leur détresse.

Nous pouvons agir en répondant aux besoins fondamentaux d’affection, d’attention, de calme, de sécurité des enfants. Pour se développer de manière optimale, le cerveau a besoin d’empathie, de bienveillance et de présence. Nos enfants ont besoin d’être soutenus par les adultes qui les accompagnent pour les aider à nommer leurs émotions et pour leur offrir un espace d’attachement tendre, chaleureux et sécuritaire pour se déposer.

 

Pour mieux soutenir les jeunes à l’école : https://neurodiversite.com/section-livres/

 

Mélanie Ouimet

 

Références :

[1] Catherine Gueguen, heureux d’apprendre à l’école, comment les neurosciences affectives sociales peuvent changer l’éducation, Les arènes – Robert Laffond, Paris 2018.

[2] Gottay et al, 2006

[3] Arnsten, 2009

[4] Bos et al, 2009, Pollak et al, 2010

[5] Coccaro 2011

Avons-nous si peur du vécu humain?

Avons-nous si peur du vécu humain?

Il est par exemple facile de confondre la « maladie mentale » avec des défis psychologiques normaux. « La détresse quotidienne transformée en trouble mental représente la réalisation d’un rêve pour le marketing. La puissance du marketing des sociétés pharmaceutiques, de l’internet et des organisations de patients ont engendré un nombre de fausses épidémies, de modes en matière de diagnostics psychiatriques » a déclaré Allen Frances, psychiatre et président des comités de travail du DSM-IV.

 

Dans les faits, qu’est-ce qu’une maladie mentale? Le DSM-V définit la maladie mentale comme étant« un syndrome caractérisé par des perturbations cliniquement significatives dans la cognition, la régulation des émotions, ou le comportement d’une personne qui reflètent un dysfonctionnement dans les processus psychologiques, biologiques, ou développementaux sous-jacents au fonctionnement mental ».

Pour établir sa validité, une maladie doit présenter des signes, des symptômes qui se retrouvent de façon régulière, et ils doivent être liés à une dysfonction physiologique démontrable.

Rappelons que tout diagnostic psychiatrique est subjectif. Les théories dominantes des dernières années sont principalement basées sur des déséquilibres des neurotransmetteurs. Mais, nous sommes toujours en quête de dysfonctionnements cérébraux, de gènes, de neurotransmetteurs permettant d’expliquer objectivement des symptômes donnés. Aucun marqueur biologique ou génétique pour lesdites maladies n’a été découvert. Toutes théories à l’heure actuelle ne sont encore que des théories, des idées, des perspectives non scientifiquement démontrées.

Les diagnostics et la médicamentation subséquents qui sont émis sont-ils alors basés strictement sur la science ou sont-ils plutôt le reflet de ces nombreux biais sociétaux, émotifs, contextuels, financiers ?

Qui parle de maladie et de trouble neurologique devrait donc le faire avec grande prudence, sans quoi, nous risquons de stigmatiser la diversité humaine ET de réduire la souffrance, les émotions humaines, à des déséquilibres chimiques du cerveau.

Et là, il ne s’agit pas d’affirmer que ce qui n’est pas scientifiquement prouvé n’existe pas. Les signes, les traits, les troncs communes de diversité humaine sont présents et ils existent. La souffrance humaine existe également. Il y a des signes, des critères, des symptômes identifiables et ressentis. Il ne s’agit aucunement de crier à l’acceptation de la diversité neurologique et de laisser un être humain dans la souffrance de sa singularité lorsqu’il n’est pas compris de son entourage. Il ne s’agit ici aucunement de nier ni de banaliser l’énorme souffrance que vivent ces personnes. Les symptômes et la souffrance sont bien réels. Mais, il s’agit d’un appel à la prudence et d’un appel à l’ouverture d’esprit, à l’écoute, à la réflexion. Quels impacts avons-nous sur les « maladies mentales »? Se pourrait-il que nous ayons une part de responsabilité culturelle et sociale sur les symptômes de certaines « maladies » ou des troubles de comportements qui en découlent?

Pour ma part, je suis toujours étonnée et touchée, lorsqu’à la suite de la lecture de mon premier livre sur l’autisme, des gens m’écrivent des messages pour me parler de leur détresse. Des messages spontanés où l’émotion est palpable. Des messages où l’on perçoit le mal de vivre avec un certain soulagement de se sentir enfin compris. Ce n’est pas normal que la diversité humaine ainsi que la détresse qui en découle soit aussi méprisée, dénigrée, troublée, médicalisée. Ce n’est pas normal que, collectivement, nous préférons croire en la maladie mentale, aux troubles neurologiques  plutôt que de prendre le temps d’écouter et comprendre l’être humain.  Aucun être humain ne mérite d’être étiqueté « malade mental » et de voir sa douleur réduite à un déséquilibre de ses neurotransmetteurs.

En utilisant un discours médical démesurément, on est devenu de plus en plus intolérants et insensibles à la détresse humaine. Il est devenu plus facile de faire croire aux personnes qu’elles ont un trouble et que les médicaments stabiliseront leur cerveau dysfonctionnel. Que la molécule chimique ne soit simplement pas la bonne pour leur profil génétique lorsqu’en réalité, la détresse n’arrive plus à être engourdie par cedit médicament.

Avons-nous si peur du vécu humain? Parce qu’au travers ces brides de confidences que m’écrivent ces personnes, pas une fois leur mal de vivre ne semblait ne pas trouver racine et émerger de leur vécu, de leurs blessures, bien plus que dans une pseudo affection mentale. On attribue à la personne, à son cerveau dysfonctionnel, ses émotions démesurées et ses comportements irrationnels plutôt que de concevoir ces agissements comme des réponses attendues et normales par rapport aux circonstances sociales et de son histoire de vie. La médicalisation des étapes normales de la vie, des conflits intérieurs et de la détresse semble être le résultat d’une société qui n’a aucune idée de comment accueillir les émotions humaines et qui semble surpassée par des étapes normales de développement de la vie, par la relation humaine authentique.

Il est donc très délicat d’attribuer les causes des « maladies mentales » qu’à la neurologie et/ou à la génétique défaillante. Se focaliser essentiellement sur des « causes » biologiques pour les troubles mentaux est une grave erreur. D’une part, la diversité neurologique semble rejetée et les individus atypiques, comme les autistes, sont ainsi stigmatisés. D’autre part, on ne peut pas séparer la biologie des comportements et des émotions qui forment un tout, sans risquer de réduire la souffrance d’un être humain à un cerveau déréglé et troublé.

 

Mélanie Ouimet

Extrait de la conférence : La neurodiversité, plaidoyer pour la diversité humaine et pour son avenir