La parentalité proximale n’est pas une forme de laxisme

La parentalité proximale n’est pas une forme de laxisme

La parentalité proximale est souvent amalgamée ou confondue avec une certaine forme de laxisme.

 

Le laxisme serait une forme de parentalité qui s’apparente au « laisser-aller ». Le parent devrait répondre à toutes les demandes de l’enfant et lui éviter toute forme de frustration. Un système dans lequel l’enfant n’aurait aucune limite.

La parentalité proximale signifie de répondre, autant que possible, aux besoins fondamentaux primaires des tout-petits : succion, attachement, proximité, sécurité, affection, tendresse, amour. 

L’enfant bénéficie d’un cadre sécuritaire et défini dans lequel il a autant de liberté que possible pour explorer, créer, bouger, toucher afin de favoriser son développement moteur, intellectuel et émotionnel. Les parents misent également sur la capacité innée des enfants à s’auto-discipliner lorsqu’ils sont considérés et respectés. La parentalité proximale prend également en considération le développement affectif et social de l’enfant. Ainsi, il n’est aucunement suggéré que nous devons accepter tous les comportements et demandes des enfants.

Prenons cet exemple. Un enfant souhaite avoir un gâteau au chocolat pour le souper. Le parent lui refuse en lui expliquant pourquoi. L’enfant pourra exploser de colère suivant ce refus. Un parent laxisme voudrait éviter que l’enfant fasse une crise, soit pour lui éviter une souffrance soit pour s’éviter à lui-même de faire face à la crise de l’enfant qui peut être très difficile à contenir.

À l’inverse, la parentalité proximale permet de reconnaître le sentiment de l’enfant : la frustration. La frustration n’est pas un caprice!

Les refus entrainent beaucoup de frustration, particulièrement chez le jeune enfant. Suivant son développement affectif, celui-ci est bouleversé par les contraintes et la force de sa frustration est particulièrement intense et violente. Certains gestes inacceptables peuvent également déferler. En aucun cas la violence doit être acceptée par le parent. Cependant, le parent peut arrêter doucement les gestes impulsifs de l’enfant, sans mettre d’emphase négative sur ceux-ci. Le cerveau d’un enfant est encore immature et seul, l’enfant ne peut arriver à maîtriser sa frustration. Il a besoin de la présence sécurisante d’un adulte qui le reconnaîtra dans sa frustration et le mènera progressivement vers la tristesse, les larmes et l’acceptation, donc progressivement vers le chemin de la résilience.

Accompagner l’enfant à traverser sa frustration n’est pas de répondre à un caprice mais bien de répondre à un besoin émotionnel.

Par ailleurs, l’amalgame entre parentalité proximale et « un enfant roi » est souvent faite. Nous confondons ici également deux éléments qui sont pourtant bien différents. Un enfant roi est un enfant qui n’a malheureusement pas connu suffisamment de frustration et de connexion bienveillante et empathique avec les adultes qui l’accompagnent. Ainsi, ce n’est pas le parentage de proximité qui crée l’enfant roi mais bien le fait d’éviter toutes frustrations à l’enfant et surtout, de ne pas être à l’écoute des véritables besoins qu’il tente d’exprimer maladroitement.

« L’amour, c’est du carburant pour nos enfants » pour reprendre la phrase culte d’Isabelle Filliozat.

Nous croyons souvent que l’enfant « roi » est un enfant qui a reçu tout ce dont il avait besoin, qu’il a même été gavé d’amour puisque tous ses désirs ont été comblés. Mais, c’est une erreur! Un enfant roi n’est pas un enfant choyé et rempli d’amour, bien au contraire. Par ses demandes exigeantes, l’enfant « roi » exprime des manques, principalement des carences affectives. Par exemple, lorsque ce dernier affirme qu’il veut un nouveau jouet et qu’il fait une énorme crise, bien que cela calmera la crise, lui acheter ce jouet ne va pas combler son véritable besoin cacher derrière sa demande. La racine de ses incessantes demandes est souvent le manque de relation affective. Il n’a donc pas besoin d’une discipline plus ferme mais d’être entendu et compris. Il a besoin d’être en relation affective avec les adultes qui en prennent soin. Il a besoin d’amour… Ne mélangeons pas le besoin d’amour avec satisfaction de tous les désirs!

Tristement, nous en sommes venus à croire qu’un enfant peut devenir « gâté pourrit » si nous répondons à ses besoins affectifs. Nous ne le répèterons jamais assez, un enfant NE PEUT PAS être gavé d’amour.  

 

Mélanie Ouimet

La neurodiversité : une utopie qui masque la souffrance?

La neurodiversité : une utopie qui masque la souffrance?

Célébrer la neurodiversité, la diversité humaine, l’intelligence sous toutes ses formes : la diversité du cerveau, corps et esprit humain, avec ses souffrances et blessures, avec ses couleurs et lumières.    

 

Une des critiques négatives envers le concept de la neurodiversité est que celui-ci est élitisme et ne s’adresse qu’aux personnes ayant un bon niveau de fonctionnement social. En ce qui a trait à l’autisme particulièrement, cette critique revient souvent soi-disant que la neurodiversité s’adresse seulement aux autistes « hautement fonctionnels ». Il est reproché d’oublier et d’exclure les autistes de « bas niveau », voire de ne parler que pour une « race supérieure » d’autistes. En somme, le concept négligerait ceux ayant un « véritable » trouble et un « véritable » handicap. Cette croyance ne pourrait être plus qu’infondée! Il est important de spécifier d’emblée que la neurodiversité est inclusive. L’humanité est neurodiverse comme l’humanité est raciale, culturelles, ethnique. 

La neurodiversité ne catégorise pas les êtres humains en termes de maladies mentales, de troubles neurologiques, de déficits ou d’anormalité. 

La neurodiversité favorise l’épanouissement de chaque être humain, dans le respect de sa singularité, en lui apportant l’aide et un soutien véritables basés avant tout sur la relation humaine et selon ses besoins qui lui sont propres.  Actuellement, la tendance populaire pour expliquer les troubles psychiatriques est basée principalement sur le cerveau de la personne : le cerveau est fonctionnel ou dysfonctionnel. En somme, la psychiatrie utilise les neurosciences cognitives pour expliquer les « symptômes » d’une personne. Or, un être humain ne pourra jamais être réduit qu’à son cerveau. Le cerveau est complexe et surtout, il est en interaction constante avec l’entièreté du corps humain. 

La neurodiversité est un concept qui se base sur les neurosciences – pas seulement sur le cognitif. Les neurosciences englobent les disciplines étudiants le système nerveux ainsi que l’anatomie et les maladies qui peuvent en découler. Les neurosciences sont donc un champ transdisciplinaire faisant appel à une diversité d’approches afin de considérer l’être humain dans son intégralité. 

Ainsi, lorsque nous abordons le concept de la neurodiversité, en aucun cas il s’agit de masquer la souffrance comme si elle n’existait pas, mais bien d’une part, apporter une meilleure compréhension de la diversité humaine. L’excentricité, l’intensité, l’originalité, l’hypersensibilité, l’intériorité, la spontanéité ne sont pas des maladies! Dans cette même optique, c’est de donner un sens aux comportements. Les comportements, les réactions et les émotions humaines qui ressortent de la norme et qui semblent parfois incompréhensibles et qui effraient la majorité ne sont pas nécessairement le signe d’un trouble immuable ni d’un dysfonctionnel cérébral[1]. Par exemple, l’autisme se caractériserait par une plasticité modale-croisée[2], c’est-à-dire une réorganisation des aires cérébrales qui confèrerait un fonctionnement perceptif préférentiel comparativement à un fonctionnement préférentiellement social. Il s’agit d’une variante neurologique minoritaire naturelle. Lorsque certains comportements perturbants surviennent ou qu’une souffrance qui semble sans retour s’installe, la « cause » n’est pas ce fonctionnement perceptif à proprement parler, mais bien la résultante de plusieurs situations externes vécues par la personne.

Pour comprendre le sens des comportements ou de la souffrance, il est impératif de considérer l’être humain dans un système complexe et dynamique et de concevoir les comportements comme étant une réaction physiologique « normale » et non comme une réaction conséquente à un trouble, à une maladie mentale contre laquelle nous devons nous battre. 

À l’inverse de la tendance psychiatrique actuelle, la neurodiversité ne masque pas la souffrance humaine sous l’appellation « trouble neurologique » – d’un cerveau dysfonctionnel. Il est essentiel de reconnaître ce qui ne va pas, sans toutefois le pathologiser ni en laissant la personne avec la problématique. La neurodiversité met sans masque ni tabou cette souffrance en lumière pour apporter un véritable soutien à la personne afin de permettre à celle-ci de la vivre et de la traverser pleinement en toute sécurité. La neurodiversité s’oppose au conformiste d’une société normalisante qui détruit tout ce qui fait de nous des êtres humains et qui semble avoir perdue de vue au fil du temps les besoins essentiels des humains: se sentir inclut, vu, reconnu, compris, connecté.

Célébrer la richesse de l’être humain. La force de sa diversité naturelle. Sa capacité singulière et souvent incomprise d’adaptation dans l’adversité, même la plus hostile. La complexité de ses systèmes qui interagissent ensemble, avec les autres et avec l’environnement. Célébrer l’être humain, un être fondamentalement social dont ses joies, ses peines, ses déceptions, ses réussites, ses attentes, ses angoisses, ses souffrances, sa résilience ne seront jamais réductibles qu’à un cerveau « normal » ou « dysfonctionnel » pas plus qu’à des mesures neurobiologiques. 

La neurodiversité est une forme d’élitisme selon certains. Mais, l’élitisme ne serait pas plutôt de faire croire à certaines personnes qu’elles ont un trouble et ainsi leur enlever tout pouvoir sur leur vie personnelle? Le concept de la neurodiversité n’est pas que réservé aux personnes « hautement fonctionnelles » de la société. Le concept de la neurodiversité n’est pas un nouveau paradigme qui servira à masquer la détresse et la souffrance humaine, comme le fait le paradigme médical actuel en nommant ces défis : troubles psychiatriques. Dépsychiatriser ces comportements ne revient pas à dire que nous devons accepter la personne comme elle est en la laissant dans une détresse ou en la laissant avoir des comportements potentiellement dangereux pour elle comme pour son entourage. Il s’agit d’apporter un sens à ses comportements, d’en trouver la racine profonde afin qu’elle puisse retrouver sa pleine autonomie. La neurodiversité, c’est en soi repenser l’organisme vivant en tant que systèmes complexes interagissant ensemble pour former un tout indissociable. La neurodiversité, c’est de concevoir la souffrance psychique de manière totalement différente que ce que l’industrie pharmacologique propose et d’amener une vision humanisme pour redonner le pouvoir et l’autonomie à chaque être humain.

 

Mélanie Ouimet

Références :

[1] À titre d’exemple : http://neuromanite.com/2019/10/28/troubles-graves-du-comportement-ou-mecanismes-dadaptation-mal-compris-partie-1/

[2] Barbeau, E.B., Lewis, J.D., Doyon, J., Benali, H., Zeffiro, T.A., & Mot- tron, L. (2015) A Greater Involve- ment of Posterior Brain Areas in Interhemispheric Transfer in Au- tism: fMRI, DWI and behavioral evidences. NeuroImage:Clinical 8: 267–280 [/pl_text] [/pl_col] [/pl_row]

Nos jeunes sont en détresse

Nos jeunes sont en détresse

Depuis le début de la pandémie, nos quotidiens ont été chamboulés. Au fil des mois, l’incertitude sur l’avenir s’accentue et le stress devient chronique pour plusieurs d’entre nous. C’est tout à fait normal compte tenu ce que nous vivons.  

Les jeunes n’en sont pas épargnés. Ils font d’ailleurs partie des êtres humains plus vulnérables ; ils sont en plein développement et ils sont dans une période charnière de leur vie. Les mesures sanitaires imposées les impacts même grandement. Sommes-nous en train de sacrifier toute une génération? Les cours en ligne conduisent plusieurs jeunes à abandonner leurs études. Selon la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), le taux d’échec dans plusieurs écoles du Québec serait en moyenne de 30%. Nous parlons d’une hausse de 20%.

Ce ne sont pas des caprices ni un manque de volonté ; ils sont en détresse. Pour être disponible aux apprentissages et pour être motivé, l’environnement doit être favorable. Sans quoi, il est biologiquement impossible d’apprendre et de mémoriser de manière optimale. 

Un jeune sous stress et vivant des émotions désagréables verra ses facultés d’apprentissage diminuées. Sans émotions positives, sa motivation sera quasi nulle également. C’est ainsi que le cerveau humain est construit et par-dessus tout, il est construit pour être en relation. En temps ordinaire, un événement stressant est un élément qui conduit un jeune au décrochage scolaire. Depuis le début de la pandémie, c’est un stress chronique que nos jeunes vivent. Certains sont mieux soutenus dans leur milieu ce qui leur permet de mieux composer avec la situation. D’autres n’ont pas ces mêmes conditions propices pour s’adapter : la pauvreté, manque de soutien aux ressources, médicalisation des défis d’apprentissage entre autres exemples soulignés lors de la 2e édition de Journée du Refus de l’Échec Scolaire. Des familles soutenantes avant la pandémie peuvent aussi vivent des moments difficiles et les parents se retrouvent moins disponibles pour leur jeune. Ainsi, plusieurs jeunes ne reçoivent pas le soutien adéquat tant pour leur permettre d’être écoutés dans leurs émotions et leurs besoins tant pour favoriser leur réussite scolaire. Avons-nous pleinement mesuré les conséquences de cette hausse d’échec et d’abandon scolaire? Plusieurs experts mentionnent qu’il serait possible de voir une baisse de diplomation dans les prochaines années à tous les niveaux ; secondaire, cégep et universitaire. Ce ne sont pas seulement les jeunes qui en écoperont mais, toute la société. Nous aurions une génération sacrifiée et un manque de main-d’œuvre qualifiée.

Au-delà de ladite réussite scolaire il y a un enjeu hautement plus crucial et humain ; comment prenons-nous soin de nos jeunes? 

L’impact émotionnel du confinement et des mesures sanitaires est préoccupant. Ces bouleversements émotionnels se traduisent souvent par des comportements chez nos jeunes. Les défis de concentration, l’ennui, l’irritabilité, l’agitation sont parmi les comportements fréquemment remarqués et en hausse depuis le début de la pandémie. Pour supporter ces émotions difficiles, instinctivement bien des jeunes se coupent de leurs ressentis en fuyant vers la cyberdépendance, l’abus d’alcool ou de drogues entre autres. Ainsi, nous assistons également à une hausse de cyberdépendance, d’intoxication aux substances, de troubles alimentaires.

Malheureusement, ces comportements sont souvent traités comme des troubles neurologiques ou comportementaux. La hausse remarquée des diagnostics psychiatriques et de la médicamentation abonde en ce sens ; nous médicalisons les émotions de nos jeunes à défaut de les soutenir. Également, selon une étude réalisée cet automne par l’Université de Sherbrooke, près de 37% des jeunes de 18-24 ans répondent à des critères de dépression majeure ou d’anxiété. Près de la moitié sont inquiets pour leur santé mentale. Selon une étude réalisée par l’Université de Picardie en France, 20% des étudiants ont scénarisé leur suicide! Certains ne se sont pas que contenter de visualiser leur suicide ; ils sont passé à l’acte. Le pire, nous ignorons combien! Le Québec n’est pas bien différent. Il faudra encore plusieurs mois, voire des années pour mesurer le réel impact des mesures sanitaires sur le taux de suicide chez les jeunes.

La souffrance psychique est encore malmenée. Remplie de fausses croyances et le manque de ressources est criant. Au niveau du cerveau, ce sont les mêmes zones de douleur qui s’activent que la souffrance soit physique ou psychologique. Souffrir psychiquement est douloureux physiquement. Par ailleurs, il est rare que nous mourrions physiquement d’une souffrance psychologique mais, c’est une des causes de mortalité prématurée compte tenu de la dégradation des habitudes de vie et de l’état de santé générale. Est-ce ce que nous souhaitons pour nos jeunes?

Collectivement, nous nous esquivons de notre responsabilité face à nos jeunes qui sont vulnérables et en plein développement. Nous négligeons le stress immense auquel nos jeunes doivent faire fassent quotidiennement avec un cerveau encore immature pour y faire face seul. Nous ne voyons plus à quel point, collectivement et individuellement, nous leur faisons violence et que nous faillissions à notre tâche d’adultes en les abandonnant, en les méprisants, en les culpabilisants et en les rendant responsables de propager le virus et de potentiellement causer des décès. Génération d’enfants rois, égoïstes, irresponsables, c’est ainsi que nous avons dépeint notre jeunesse.

Nous avons choisi d’adopter pour une approche punitive et coercitive pernicieuse plutôt que de comprendre ce qui se passe dans le cerveau et dans le cœur de nos jeunes. Nous augmentons leur détresse et involontairement, nous leur causons de la souffrance. Nos jeunes sont gavés de pilules depuis les dernières années. On bourre nos jeunes d’anxiolytiques, de psychostimulants, d’antidépresseurs telle une norme banale acceptée socialement. Nous acceptons que la médication soit presque la réponse exclusive à la détresse sociale et psychologique. La médicalisation était déjà un remède pour l’échec du système scolaire et l’insuffisance des ressources psychologique. Nous n’avions pas préconisé l’approche humaine basée sur la relation d’attachement, l’écoute et l’accueil des émotions. Comme nous avions déjà l’habitude de régler les problématiques rapidement avec une médication, nous ne voyons même plus à quel point la détresse de nos jeunes est accumulée, grande et bien sentie.

Quand cesserons-nous de médicaliser les émotions des jeunes? Quand allons-nous les accompagner et les soutenir dans leur détresse et dans leur souffrance. Quand allons-nous véritablement aller à leur rencontre, à la rencontre de ce qu’ils vivent et à la rencontre de leurs véritables besoins. 

Est-ce que ce mal-être psychique intense est considéré dans les prises de décisions? Est-ce que ces effets sur nos jeunes sont pleinement mesurés dans la balance d’inconvénients? Les inquiétudes permanentes sont sources de stress durable et le sentiment de solitude en soi est une souffrance psychique que nous avons tendance à oublier. Le confinement à la maison qu’impose les cours en ligne est également une agression psychique contre notre nature humaine. Cet isolement social est à la source des problèmes de santé psychologique. Cette détresse psychique augmente le risque de dépression jusqu’à 9 ans après l’isolement social[1].

L’Association des pédiatres a déjà sonner la sonnette d’alarme. Les restrictions sanitaires sont en train de créer de sérieux problèmes chez toute une génération d’ados, a déclaré l’Association des pédiatres du Québec dans un communiqué émis en octobre dernier. Ils parlent carrément d’un « sacrifice générationnel ».

Qu’attendons-nous?

 

Mélanie Ouimet

 

Références :

[1] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC7267797/

 

 

Les répercussions du port du masque chez les enfants et les adolescents

Les répercussions du port du masque chez les enfants et les adolescents

Depuis le début de la pandémie, l’impact des mesures sanitaires sur les enfants inquiète plusieurs adultes.

 

Ils ont vécu l’arrêt scolaire au printemps dernier et ce, sur une longue période. Certains ne sont retournés dans leur milieu que cet automne. Ce confinement avait augmenté la détresse de plusieurs jeunes à plusieurs niveaux. Les mesures sanitaires implantées dans leur milieu scolaire comme le lavage fréquent des mains, la distanciation et les bulles sont un facteur de stress supplémentaire bien que le retour à l’école soit salvateur pour la plupart des élèves.

Le port du masque sur de longues périodes s’est ajouté à ces mesures établies. Nous n’avons aucune donnée quant aux effets des mesures sanitaires imposées chez les enfants et adolescents autant à court terme qu’à long terme. Pas plus que nous avons de données sur les répercussions du port du masque. Il n’existe aucune étude indépendante des fabricants sur l’utilisation de masques pour des enfants et adolescents qui pourraient les certifier comme produits médicaux sécuritaires. Également, les matériaux utilisés diffèrent et aucune étude en ce sens a été réalisée sur les effets protecteurs ou néfastes sur le port du masque dans le quotidien. En soit, les décisions sont prises sans fondement scientifique probant et sans connaître les effets négatifs qui pourraient éventuellement peser plus lourd dans la balance que l’effet protecteur. Comment est-il possible de rendre obligatoire un produit sur une base médicale alors qu’aucune étude ne certifie le produit et que les effets secondaires ne sont pas connus?

D’ailleurs, nous avons appris la semaine dernière que le masque chirurgical sera maintenant obligatoire dans nos écoles secondaires mais, pas dans celles du primaire. Selon l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), ces masques auraient dû être privilégiés dès le départ. Les masques en tissus n’offrent pas la même protection ; ils sont moins étanches. L’INSPQ rappelle toutefois que le port du masque chirurgical n’est pas infaillible et recommande un éventail de mesures dont entre autres d’optimiser la ventilation dans les écoles.

À l’Université de Witten/Herdecke en Allemagne un registre[1] a été mis en place où des parents, des médecins, des pédagogues et autres pouvaient saisir leurs observations. Au total, 363 médecins ont été invités à informer les parents et enseignants de la création de ce registre ainsi qu’à faire des entrées des données. En date du 26 octobre 2020, le registre comptait 20 353 personnes et des données saisies pour un total de 25 930 jeunes entre 0 et 18 ans. La durée moyenne du port du masque était de 270 minutes par jour, soit de 4h30. Le registre est encore ouvert à cette date. Au total, 68% parents ont observé des effets indésirables du port du masque chez leur enfant. Celles-ci comprenaient l’irritabilité (60%), les maux de tête (53%), la difficulté à se concentrer (50%), moins de bonheur (49%), la réticence à aller à l’école / à la maternelle (44%), inconfort (42%) les troubles d’apprentissage (38%) et somnolence ou fatigue (37%). Des sensations d’essoufflement, des vertiges, des pertes de conscience, de la nausée, un sentiment de faiblesse, des douleurs abdominales et une respiration accélérée ont également été rapportés chez de nombreux enfants. Également 25,3% des enfants ont développé de nouvelles angoisses ; ils ont peur que leurs parents meurent de la Covid, ils ont peur d’être étouffés par le masque et ils ont peur pour l’avenir. Des cauchemars et des troubles anxieux ont été remarqués chez les jeunes enfants qui ont de la difficulté à reconnaître les différents visages. Dans l’ensemble, les enfants de 7 à 12 ans ont été davantage touchés par les effets négatifs du port du masque.

Cette étude démontre que le port du masque chez les enfants produits des effets indésirables importants autant sur le plan physique, psychologique que cognitif.

Au Québec, il est également important de spécifier que les éclosions survenues dans les écoles cet automne comptait majoritairement moins de 6 cas[2]. Les cas de Covid dans nos écoles demeurent majoritairement isolés. Dans 43%, l’origine est éclosions provient du personnel. La transmission dans nos écoles québécoises semble peu fréquente, bien contrôlée et les éclosions sont minimes.

Bien que les exceptions existent, nous savons que les jeunes sont très faiblement à risque de complications de la Covid. Pourrions-nous envisager de revoir l’obligation du port du masque chez nos jeunes compte tenu la méconnaissance scientifique qui entoure autant l’effet protecteur que les effets secondaires? La qualité de vie des enfants s’est grandement détériorée au cours des derniers mois. Ce registre nous invite à nous questionner sur ce que nous souhaitons collectivement pour nos enfants. Ce que nous faisons comme choix est-il éthique? Est-ce moral? Attendons-nous d’obtenir le risque zéro pour offrir la qualité de vie optimale que mérite nos enfants? Avons-nous bien mesuré l’impact à moyen et long termes de ces effets négatifs et de cette moindre qualité de vie sur le développement de leur cerveau?

Mélanie Ouimet

 

Références :

[1] https://www.researchsquare.com/article/rs-124394/v1

[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1756604/lecons-ecole-eclosions-covid-19-etude-montreal

 

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

Éducation et maternelle 4 ans : Interagir plutôt qu’intervenir

« Ce n’est pas signe d’une bonne santé mentale que d’être adapté à une société malade », disait Jiddu Krishnamurti.

 

L’accès universel à la maternelle 4 ans instauré par notre gouvernement actuel suscite de vives réactions. Dans la mêlée des nombreux débats qui opposent les éducatrices en CPE et les enseignants, nous oublions les principaux concernés : les enfants.

Un des principaux objectifs de la maternelle 4 ans est de privilégier de meilleurs services afin de prévenir plus tôt lesdits troubles d’apprentissage, neurodévelopementaux et psychiatriques chez les enfants. En somme, nous visons d’intervenir plus tôt pour optimiser la réussite scolaire. Une noble intention.

En effet, l’enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle mentionne qu’entre 2012 et 2017, 26% des enfants entrent dans le système scolaire avec un facteur de vulnérabilité dans ces domaines : santé et bien-être, compétences sociales, maturité affective, développement cognitif et langagier et habiletés de communication.

Cependant, nous faisons preuve de violence éducative ordinaire, lorsqu’encore une fois, nous mettons l’emphase sur les troubles et nous préférons mettre en avant plan le dépistage précoce, donc affirmer d’emblée que ce sont les enfants qui ont un trouble quelconque plutôt que de prendre notre part de responsabilité dans les défis de nos enfants, d’adapter l’environnement et de miser sur les véritables besoins de base des enfants; L’attachement, le lien, le contact humain.

Nous négligeons d’une part, la diversité humaine, en standardisant de manière déraisonnable le développement des enfants en sous-entendant qu’il devrait atteindre une normalité souhaitée.

À titre d’exemple, le langage verbal des enfants autistes prototypiques débute, pour la majorité d’entre eux, vers 4-5 ans[1]. Il ne s’agit aucunement d’un retard de développement, mais d’un développement atypique. Quelle intervention allons-nous offrir à ces enfants? Puisque, si nous dépistons très tôt ledit retard de langage chez ces autistes, mettre un accent uniquement sur le développement de leur langage serait aussi ridicule que de mettre l’accent sur le développement de la course chez des enfants de 10 mois.

Ainsi, la neurodiversité n’est pas prise en considération. En commençant par hiérarchiser les enfants entre eux : les « doués », les « normaux » et les « vulnérables » (déficients). Ensuite, plutôt que de favoriser les adaptations, la collaboration, la compréhension et le respect de tout un chacun, nous détruisons la diversité humaine au nom du conformiste, d’une illusion de normalité avec le sentiment d’avoir bien fait. Nous sommes incapables d’adapter l’environnement dans lequel évoluent les enfants, faute de volonté, de mauvaises croyances et de moyens financiers. Les élèves sont en difficultés principalement parce que notre système d’éducation est standardisé et normalisé. Nous n’osons que très rarement remettre en question le mode d’apprentissage ainsi que nos approches envers les enfants. La qualité des services offerts est-elle réellement optimale? Les approches disciplinaires punitives et coercitives sont-elles réellement légitimes? Il semble plus facile d’identifier les défis que rencontrent nos enfants en leur fixant un trouble neurologique, un trouble d’apprentissage et maintenant, desdites vulnérabilités que de se remettre en question, ce qui nous déresponsabilise par le fait même.

D’autre part, nous négligeons notre part de responsabilité dans les difficultés que rencontrent nos enfants. Il est trop facile de blâmer ces enfants, de blâmer leur génétique, de blâmer leur trait de caractère alors que nous ne considérons pas le développement affectif des enfants. Nous mettons un fort accent sur le développement cognitif. Les connaissances sur ce sujet abondent et nous sonnons la sonnette d’alarme dès qu’un enfant ne suit pas le cours « normal » de son développement cognitif. Mais, nous ne savons presque rien sur le développement affectif des enfants, pourtant de base, vital et essentiel à leur épanouissement.

Notre société a des attentes totalement irréalistes du développement affectif des enfants. Nous avons des attentes énormes quant à leur socialisation, à leur maturité émotionnelle, à leur autonomie, à leur habileté en matière de communication de leurs besoins, à leur capacité d’adaptation aux changements, etc. Or, ce sont justement ces attentes qu’un enfant doive se comporter comme un adulte qui engendre souvent des troubles de comportements, des troubles d’apprentissages et des troubles affectifs (trouble d’attachement) chez les enfants[2].

Par ailleurs, ce que nous nommons « troubles » est bien souvent ni plus ni moins que des réactivités émotionnelles normales des enfants, compte tenu leur immaturité cérébrale, avec toute l’intensité qu’elles dégagent. L’enfance se transforme en trouble comportemental et tout ce que nous trouvons de mieux à faire c’est de « prévenir » ces troubles en revendiquant un meilleur accès pour le dépistage précoce! Mais, qui adaptera l’environnement? Qui ira à la source des besoins non compris avant de systématiquement dépister un trouble? Qui donnera du temps aux enfants? Qui offrira une qualité de présence? Qui favorisera l’attachement sécure? Qui accueillera leurs émotions? Qui remplira d’amour et de tendresse le réservoir affectif des enfants?

Tant les parents que les intervenants, spécialistes et la population générale, manque souvent cruellement d’information sur le développement émotionnel des enfants et manque par conséquent d’outils pour bien les accompagner au quotidien. Comme un sondage de la Fédération des syndicats de l’enseignement nous le révélait, « Deux professeurs en adaptation scolaire sur trois avaient vécu une agression physique, verbale ou psychologique de la part d’un élève au cours des deux dernières années[3] ». Cette statistique parle d’elle-même. Nous ressentons le désarroi des enseignants et des autres accompagnants et nous tombons rapidement dans cette dynamique d’enfant-bourreau et d’enseignant-victime. Nous souhaitons « prévenir » plutôt que d’accepter que les débordements émotionnels ainsi que les comportements dérangeants fassent partie intégrante de l’enfance que les comportements sont un langage qui exprime un besoin et d’outiller les adultes accompagnants face à cette réalité.

L’empathie, l’amour et la tendresse sont les carburants des enfants[4]et ainsi, une attitude affectueuse de quiconque accompagnant l’enfant a un impact positif et considérable sur la maturation des lobes frontaux de l’enfant[5]. Le cerveau des enfants est encore immature et le cerveau humain prend plusieurs années avant d’atteindre sa pleine maturité. Les enfants ont besoin d’un cadre sécurisant pour permettre à leur cerveau déployer les connexions neuronales de manière optimale et ainsi leur permettre de s’épanouir pleinement.

Par exemple, les autistes, les doués, les enfants ayant un « TDAH » sont reconnus pour être des personnes très sensibles. Ces enfants sont par conséquent sensibles à leur environnement et ils ont de grands besoins affectifs : leur réservoir affectif se vide plus rapidement que la moyenne. Or, cela n’est jamais pris en considération. L’anxiété, les troubles de comportements, le trouble d’attachement sont souvent présents comme comorbidité chez ces enfants. L’enfant se retrouve avec un trouble et une multitude d’autres souffrances et troubles corrélés. Alors qu’initialement, nous avions un enfant, divergent de la norme, qui présente bien souvent et simplement, des besoins affectifs non assouvis. L’attachement est la base de la sécurité affective et de l’autonomie pour tous les enfants. Sans quoi, le cycle comportemental augmente et l’enfant se retrouve rapidement étiqueté d’agressif, de capricieux, d’opposant, de turbulents, de mal élevé.

On nous parle sans cesse d’intervenir… mais jamais d’interagir! Mettre l’accent sur la relation humaine, le lien de confiance et ainsi créer un espace sécurisant dans lequel l’enfant se sentira libre d’exprimer ce qu’il ressent est gage de réussite.

La vérité est que nous masquons notre incompétence et que nous refusons de prendre nos responsabilités. La vérité est que nous, citoyens responsables, rendons nos enfants vulnérables aux troubles d’apprentissage, à l’anxiété, aux comportements dérangeants, au trouble d’attachement, à l’immaturité émotionnelle[6].

Peut-être que « ces enfants » nous envoient un message : celui de dire non au conformiste d’une société aliénée.

Tant que personne ne se lèvera pour parler ouvertement des besoins affectifs si fondamentaux des enfants, petits et grands, nous assisterons à de la petite politique d’égo alliant « experts » et « spécialistes » qui essaient seulement de parler plus fort les uns comme les autres. Parler des besoins affectifs et émotionnels demande humilité, courage et responsabilisation.

Réclamer des services est un discours cliché de cassette préfabriquée vide de sens tant et aussi longtemps que les besoins de bases ne seront pas comblés et que la diversité humaine ne sera pas reconnue. En ne parlant que de problématiques et en demeurant focaliser uniquement sur les troubles potentiels et sur le dépistage précoce, nous oublions l’essentiel : la relation humaine.

Aucun trouble ne sera prévenu tant et aussi longtemps que nous n’aborderons pas la neurodiversité et ces besoins affectifs fondamentaux de base des enfants. Dans les conditions actuelles, nous craignons que maternelle 4 ans ne soit qu’un beau tremplin vers des surdiagnostics et une médicamentation excessive d’enfants déjà en grande souffrance et il serait déplorable que nous continuions de faire les mêmes erreurs « pour leur bien ».

 

Un texte co-écrit par Lucila Guerrero et Mélanie Ouimet

Références:

[1]Laurent Mottron, l’intervention précoce pour enfants autistes, MARDAGA, 2016

[2]Gabor Maté et Gordon Neufeld, retrouver son rôle de parent, HOMME, février 2005

[3]https://www.tvanouvelles.ca/2018/11/26/il-faut-mieux-repartir-les-eleves-dit-le-ministre-roberge

[4]Isabelle Filliozat, au cœur des émotions de l’enfants, MARABOUT, février 2019

[5]Catherine Gueguen, pour une enfance heureuse, POCKET, mai 2015

[6]Mitsiko Miller, découvrir la parentalité positive, TRÉCARRÉ, 2019